Une des plus grandes énigmes de la ruche.


Dans une colonie d'abeilles, la mère préfère pondre dans les petites cellules et elle en réclame sans cesse. Cependant, en attendant qu’on lui en fournisse, elle se résigne à déposer ses œufs dans les larges cellules qu’elle trouve sur son passage. Les abeilles qui en naîtront seront des mâles ou faux-bourdons, bien que les œufs soient en tout pareils à ceux dont naissent les ouvrières.

Mais alors comment fait-elle ? Comment parmi la quantité d’œufs que contiennent ses deux ovaires, sépare-t-elle les mâles des femelles ?

La naissance de la reine : le point de mire de la colonie.

Commençons par le commencement : la ruche ne possède pas encore de reine ; elle est orpheline.

Une forme inhabituelle au milieu d’un rayon laisse croire d’une future reine vierge est en train de grandir et va bientôt naître. Cette forme inhabituelle est appelée cellule royale. Elle est trois ou quatre fois plus grande que les cellules ouvrières.


L’inquiétude se ressent dans toute la colonie et les ouvrières sont impatientes de voir arriver leur nouvelle reine ; l’âme de la colonie. C’est un élément indispensable, elle conditionne la croissance de la colonie, sa productivité et même son humeur.

Point évolution : De l’œuf à la reine en 16 jours.

J. 1 à 3 : stade de l’œuf (3 jours). Éclosion à la fin du 3ème jour.

J. 4 à 11 : stade larvaire (8 jours). Fermeture de l’alvéole J.9. Pré-nymphe J.10 et 11.

J. 12 à 16 : stade nymphal (4 jours). Émergence à J.16

Pour avoir une idée de comparaison, l’ouvrière met 21 jours pour émerger tandis que le faux-bourdon, lui, en met 24 jours.

D’autre part, l’alimentation de la larve de la future reine diffère de celle de l’ouvrière. De J3 à J9, la future reine est nourrie à la gelée royale uniquement. Pour les ouvrières, la gelée royale est donnée de J3 à J6 puis de J6 à J9 elles sont nourries à un mélange de miel et de pollen.

Mais revenons à la naissance de notre reine...

Lors de sa naissance, la reine est chouchoutée par les ouvrières qui la nettoient, la caressent et l’aident à faire ses premiers pas sur les rayons. La reine souhaite gouverner seule donc elle s’en va rapidement détruire les autres cellules royales susceptibles de contenir des rivales en puissance. Cependant, dans certains cas, deux reines peuvent naître simultanément et un combat royal (et mortel surtout !) doit avoir lieu.

La fécondation : étape cruciale pour l'avenir de la colonie.

La fécondation se fait au cours du vol nuptial..

... une des seules fois où la reine sortira de la ruche ! L’autre fois étant l’essaimage s’il se produit avant sa mort.

L’accouplement doit se faire obligatoirement 20 jours au maximum après sa naissance car une fois cette date dépassée, la reine restera toujours vierge. Elle ne pourra donc pondre que des œufs non fécondés, soit des faux-bourdons et la colonie deviendra "bourdonneuse". Cela l’entraînera à sa perte.

L’accouplement se déroule à l’extérieur de la ruche, dans les airs entre 5 et 10 mètres d’altitude. Si les mâles souhaitent féconder la reine, ils doivent la suivre et réussir à l’attraper (la reine veut s’unir qu’avec les plus forts !).

Lorsqu’un (ou plusieurs) faux-bourdon atteint la reine il s’accouple avec elle durant un vol bref. Au moment de se détacher l’un et l’autre, l’appareil génital du mâle est arraché avec une partie de son ventre et de ses viscères.

Il en meurt.

Le vol nuptial peut être un moment dangereux et crucial pour l’avenir de la colonie. En effet, cela peut se dérouler par temps froid, orageux. Il peut être perturbé par des insectes nuisibles ou des oiseaux insectivores… Si la reine fécondée ne rentre pas à la ruche alors l’avenir de la colonie est en péril.

Une fois son vol effectué, la reine rentre à la ruche, se débarrasse des organes génitaux de son triste époux et peut commencer à pondre au bout de quelques jours.

Elle ne sortira plus de la ruche…

On sait que la reine vierge n’est pas stérile mais qu’elle ne peut pondre que des œufs mâles. A la suite du vol nuptial, elle possède jusqu’à sa mort, assez de spermatozoïdes pour pondre tout au long de sa vie. Ils sont conservés vivants (environ 25 millions selon Dr Leuckart) dans une glande spéciale située sous les ovaires appelée spermathèque.

La ponte : une des plus grandes énigmes de la ruche.

La reine est dépourvue d’organes de travail et a une seule tâche à remplir : pondre.

Entre 1500 et 2000 œufs par jour tout de même ! 2 400 000 œufs dans sa vie !

Pour cela, elle parcourt l’ensemble des rayons et décide de s'arrêter sur une cellule. Elle l'examine en y introduisant sa tête. Elle incline ensuite son abdomen et son extrémité pour pondre un œuf. Puis elle se retire et laisse les ouvrières s’occuper de l’œuf. Elle poursuivra ce travail jusqu’à l’automne.

Comment décide-t-elle de pondre un œuf fécondé ou non ?

Est-ce bien elle qui décide ou est-elle dépendante d’un détail extérieur ?

Deux hypothèses s’opposent :

Rappelons tout d’abord qu’il existe différentes tailles d’alvéoles ; les petites alvéoles contiennent des larves de futures ouvrières alors que les alvéoles plus grosses contiennent les larves de futurs faux-bourdons.

Ce serait la position bien particulière de la spermathèque qui expliquerait la ponte d’un mâle ou d’une femelle par la reine. En effet, on suppose que l’étroitesse de l’orifice des petites cellules (pour les ouvrières) et la manière dont la forme de cet orifice oblige la reine de se courber et de s’accroupir exerce sur la spermathèque une certaine pression. Celle-ci fait jaillir les spermatozoïdes qui fécondent alors l’œuf au passage.

D’autres, au contraire, pensent que la reine commande réellement les muscles qui ouvrent ou ferment la spermathèque sur le vagin. Elle prend donc elle-même la décision en actionnant ces muscles ou non, qu’elle veuille ponde une ouvrière ou un faux-bourdon.

Alors vers quelle hypothèse s’orienter ?

Certaines expériences menées par un apiculteur Bordelais, M. Drory, montrent que si toutes les grandes cellules ont été enlevées de la ruche, la reine, au moment de pondre des œufs de mâles, n’hésite pas à les déposer dans les cellules d’ouvrières ; et inversement elle pond des œufs d’ouvrières dans des cellules de mâles (s’il n’y en a pas d’autres à sa disposition).

De plus, d’autres observations ont été faites par M. Fabre sur les Osmies, abeilles sauvages et solitaires, et qui montrent, non seulement que l’Osmie connaît d’avance le sexe de l’œuf qu’elle pondra, mais que ce sexe est facultatif pour la mère qui le détermine suivant l’espace dont elle dispose, en pondant ici un mâle, là une femelle.

Enfin, dans la transformation d’une ouvrière en reine, ce n’est pas la forme ou la capacité de l’alvéole qui détermine le changement. Un œuf pondu dans une grande cellule puis transporté dans une cellule ouvrière sortira un mâle plus ou moins atrophié. Il faut donc que la reine en pondant est la compétence de reconnaître ou de déterminer le sexe de l’œuf qu’elle dépose et de l’adapter à l’alvéole sur lequel elle s’accroupit.

Chacune des hypothèses citées plus haut ont leur sens et on se rend compte dans ces situations-là que même en observant, la nature garde ses secrets et on ressasse alors cette vieille formule que le vivant n’est pas une machine et nous n’avons pas toujours les données pour le comprendre avec certitude…

Cependant ces travaux et observations appuient l’hypothèse numéro deux qui dit que la reine choisit consciemment le sexe de l’œuf. La fécondation ou non de l’œuf ne serait donc pas dépendante de la forme des cellules dans lesquelles la reine pond.

Peut être qu’à l’avenir, d’autres expériences nous apporteront plus de précisions sur ce mécanisme qui reste une des énigmes du fonctionnement d’une colonie d’abeilles.

Séverine JUILLARD.

Pour parrainer une ruche, rendez-vous sur : www.unerucheenprovence.fr.

Les ruches sont installées en Provence, au pied du Luberon. Le parrainage de ruches vous permet d'obtenir du miel en contrepartie de votre participation ainsi que de suivre l'évolution de votre ruche au cours de la saison.

Plus de photos et de vidéos sur le compte Instagram de ce projet : @unerucheenprovence

Sources : "La vie des abeilles" – Maurice Maeterlinck – mis en ligne le 25 avril 2012 ; "Tout savoir sur les abeilles et l’apiculture" – M. Biri – Editions De Vecchi S.A – 2010 ; "L’apiculture simplifiée" – Jack Choquet – La maison rustique - 1978

Photos : https://www.flickr.com/photos/computerhotline/3811233869/in/photolist-6NMz3M - Thomas Bresson - Nikon D300

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